Le soleil disculpé

On connait peu de choses sur les causes du mélanome de l’œil. Les personnes aux yeux bleus, verts ou gris ont 2 à 3 fois plus de risques d'être atteintes par cette pathologie que les personnes aux yeux bruns. L’incidence de ce cancer est plus élevée dans les pays nordiques que dans le reste de l’Europe.
La collaboration entre l’équipe de Richard Marais du Cancer Research UK Manchester Institute (Grande-Bretagne), et celle Marc-Henri Stern (unité U830 Génétique et biologie des cancers Inserm/Institut Curie) et le Département de recherche translationnelle de l'Institut Curie dirigé par Sergio Roman-Roman éclaire la connaissance sur les origines génétiques de ce cancer, avec en perspective des implications en termes pronostique et peut être thérapeutique.

Quand la génétique parle


Tout d’abord les chercheurs lèvent un doute. « Contrairement au mélanome de la peau, il n’y pas de lien entre exposition au soleil et apparition du mélanome de l’œil » note Marc-Henri Stern, l’un des auteurs de la publication parue dans Cancer Discovery.
Par ailleurs, le taux de mutations mis en évidence dans ce cancer est l’un des plus bas observé. Pour bien comprendre ce point, un petit retour s’impose sur le développement d’une tumeur : son apparition résulte d’une succession de nombreuses altérations dans le matériel génétique. Ces altérations touchent des gènes importants pour la biologie de la cellule, mais varient selon la nature et l'origine du cancer. « Or, dans le mélanome de l’œil, le nombre d'altérations est extrêmement faible, ce qui en fait le cancer génétiquement le plus simple de l'adulte » précise Marc-Henri Stern.
Et leur dernière découverte, peut-être celle qui aura le plus de répercussion pour les patients, porte sur les altérations du gène SF3B1. Déjà connues pour être associées à un meilleur pronostic, les altérations de ce gène sont présentes dans 15 % des échantillons étudiés par les chercheurs. Ce constat devrait modifier la prise en charge des patients porteurs de ce type d’altération.
Mais les chercheurs ont « regardé » plus loin et se sont penchés sur les conséquences de ces altérations : elles peuvent être responsables de la production de plusieurs protéines altérées, ce qui en soit est un résultat attendu.
« Mais le nombre et la nature des modifications observés semblent de bonne augure pour la recherche de traitement ciblant ces protéines » ajoute Sergio Roman-Roman.


Référence

SF3B1 mutations are associated with alternative splicing in uveal melanoma
Simon J. Furney, Malin Pedersen, David Gentien, Amaury G. Dumont, Audrey Rapinat, Laurence Desjardins, Samra Turajlic, Sophie Piperno-Neumann, Pierre de la Grange, Sergio Roman-Roman, Marc-Henri Stern, Richard Marais
Cancer Discovery, 16 juillet 2013, DOI: 10.1158/2159-8290